Et si la Covid-19 favorisait les petits salons nautiques ?

Quel impact du Covid-19 à long terme pour les grands salons comme le Cannes Yachting Festival ? (© www.boatindustry.fr)

La pandémie de Covid-19 a bousculé les habitudes du secteur nautique et annulé les grands rendez-vous traditionnels de la plaisance. Fera-t-elle émerger de nouveaux salons nautiques plus modestes et régionaux ? Nous avons interrogé les organisateurs d'événements nouveaux et existants sur le littoral français.

Briag Merlet

Publié le 07-12-2020

Annulation et report des grands salons nautiques en 2020

L'année 2020 aura été quasi blanche pour les salons nautiques en France. La pandémie de Covid-19 et les limitations entraînées sur les rassemblement publics ont entraîné l'annulation de tous les grands rendez-vous du pays, le Cannes Yachting Festival, le Grand Pavois de La Rochelle et le Nautic de Paris. Au niveau européen, le salon de Gênes aura été le seul événement majeur tenu en 2020. La planification très anticipée de ces événements ne laisse pas la place à l'incertitude, obligeant les organisateurs à décider de leur annulation ou de leur report très en amont. Le récent décalage du Boot Düsseldorf en avril 2021 en témoigne. Face à cela, l'agilité de salons nautiques régionaux plus modestes est-elle une réponse ? Quels sont les arguments commerciaux de ces événements de proximité, existants ou émergents ? BoatIndustry a interrogé des professionnels du littoral français.

Le coût des grands salons nautiques les freinera-t-il ? (© www.boatindustry.fr)

Ressusciter ou créer des salons nautiques locaux

Si la dynamique n'est pas propre à 2021, chaque année voyant la mort et la naissance de divers rendez-vous, nous avons eu vent de plusieurs projets de création, plus ou moins avancés, de salons nautiques sur le littoral. A Saint-Malo, l'association Capitaine Corsaire souhaite tenir son premier salon sur l'hippodrome du 13 au 16 mai 2021. "Le projet date de janvier 2020, avant le Covid-19. On a créé l'association en août 2020. Nous sommes des plaisanciers, sans lien avec les entreprises du nautisme local. L'objectif est d'atteindre 120 exposants inscrits d'ici la fin d'année 2020. Il y a un besoin des plaisanciers d'avoir quelque chose en local. Notre objectif est que le salon se tienne tous les ans" explique Frédéric Bochard, membre du bureau de l'association.

A Concarneau, la réflexion n'est pas aussi avancée, mais l'association des professionnels du port finistérien y réfléchit. "Il y a des idées, même s'il est difficile de se projeter. C'est une manière de communiquer localement. On aurait bien aimé relancer Concarn'a flot. Le salon nautique à flot, en alternance avec la Transat AG2R, avait connu 2/3 éditions productives" rappelle Stéphane Hébert, patron de Cornouaille Gréement et président du Groupement des Professionnels du Nautisme de Concarneau.

Au Cap d'Agde, dont le salon 2020 a du être annulé, on insiste sur l'importance du format salon et de ses animations pour la clientèle régionale. "J'ai même été surprise cette année. J'ai eu beaucoup d'appels déçus de gens d'Occitanie qui avaient réservé l'hôtel et leur week-end pour venir au salon, même dans le contexte sanitaire. Outre l'aspect d'achat de bateau qui concerne peut-être 5% des visiteurs, si on veut garder l'environnement et l'ambiance de salon avec l'accastillage, les conférences etc... ce n'est pas possible dans des événements privés" souligne Liliana Costanza, commissaire du Salon Nautique du Cap d'Agde.

Vue aérienne du salon nautique du Cap d'Agde (© www.boatindustry.fr)

Des salons rentables pour les professionnels du nautisme

En plus de l'aspect régional, séduisant pour les plaisanciers, les salons locaux ont des arguments économiques pour les acteurs de la filière nautique. "Avec une entrée à 5€ par adulte, on peut offrir un tarif raisonnable aux professionnels. On vise les concessionnaires locaux et les chantiers régionaux" indique le responsable du projet de salon nautique de Saint-Malo. Un emplacement pour un bateau de 6mx4m coûte 60€ pour les 4 jours.

"Le coût est divisé par 3 ou 4 par rapport aux grands salons nationaux. Les chantiers qui avant prenaient Paris comme référence ne le font plus, car ils vendent autant qu'à Paris avec un coût moindre" complète Liliana Costanza. Pour autant, la commissaire du salon du Cap d'Agde souligne que tous les salons, quelque soient leurs tailles devront s'adapter à la nouvelle donne et aux expériences de ventes de bateaux menées par les chantiers en 2020. "Le salons restent une référence aujourd'hui, avec un besoin d'humain. Mais avant les chantiers attendaient les salons comme le messie, aujourd'hui ils essaient d'autres choses. Sur le long terme, cela va changer la donne pour les salons nautique. Il va falloir faire évoluer notre manière de les présenter" conclut-elle.